
Plonge un pH-mètre dans une solution d’acide éthanoïque à 1,0 × 10−2 mol·L−1 : il indique un pH de 3,41 alors qu’un acide fort de même concentration donnerait 2,00. La réaction de l’acide avec l’eau ne va donc pas jusqu’au bout. Ce constat est le point de départ de l’équilibre chimique : un état stable en apparence, mais où deux réactions opposées se poursuivent sans cesse, décrit par une grandeur, le quotient de réaction Qr.
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Réaction totale, réaction non totale
Dans une transformation totale, le réactif limitant est entièrement consommé : l’avancement final xf est égal à l’avancement maximal xmax. Dans une transformation non totale (ou limitée), l’avancement final reste inférieur : xf < xmax. Le système contient alors, à l’état final, tous les réactifs et tous les produits.
τ = xf ÷ xmax
τ est le taux d’avancement final, sans unité, compris entre 0 et 1 (ou entre 0 % et 100 %). Réaction totale : τ = 1. Réaction non totale : τ < 1.
L’équilibre chimique est un état dynamique
Quand les grandeurs mesurables (concentrations, pH, couleur) ne changent plus, le système est dans un état d’équilibre. Pourtant, au niveau microscopique, rien ne s’arrête : la réaction dans le sens direct (réactifs → produits) et la réaction dans le sens inverse (produits → réactifs) se poursuivent à la même vitesse. On écrit l’équation avec une double flèche :
CH3COOH(aq) + H2O(ℓ) ⇌ CH3COO−(aq) + H3O+(aq)
Un système est dans un état d’équilibre chimique lorsque sa composition ne varie plus au cours du temps, les deux sens de la réaction se produisant à la même vitesse. Cet état est atteint à partir des réactifs comme à partir des produits.
Une solution d’acide éthanoïque de concentration c = 1,0 × 10−2 mol·L−1 a un pH de 3,41. Alors [H3O+]f = 10−3,41 = 3,9 × 10−4 mol·L−1. Pour un volume V, xf = [H3O+]f × V et xmax = c × V (l’eau est le solvant). Donc τ = 3,9 × 10−4 ÷ 1,0 × 10−2 = 3,9 % : seules quatre molécules d’acide sur cent ont réagi.
Le quotient de réaction Qr
Pour une réaction d’équation a A + b B ⇌ c C + d D, le quotient de réaction se calcule à tout instant à partir des concentrations des espèces dissoutes. Le solvant et les solides n’y figurent pas (leur « activité » vaut 1).
Qr = ([C]c × [D]d) ÷ ([A]a × [B]b)
Les concentrations sont exprimées en mol·L−1 et divisées par c° = 1 mol·L−1 : Qr est sans unité.
Pour CH3COOH(aq) + H2O(ℓ) ⇌ CH3COO−(aq) + H3O+(aq) : Qr = [CH3COO−] × [H3O+] ÷ [CH3COOH]. L’eau n’apparaît pas. Pour AgCl(s) ⇌ Ag+(aq) + Cl−(aq) : Qr = [Ag+] × [Cl−].
La constante d’équilibre K
À l’état d’équilibre, le quotient de réaction prend une valeur particulière notée Qr,éq. Elle est la même quelle que soit la composition initiale du système, à température donnée.
Qr,éq = K, la constante d’équilibre associée à l’équation de la réaction. K ne dépend que de l’équation écrite et de la température. Un catalyseur ne modifie ni K ni la composition finale : il accélère seulement l’approche de l’équilibre.
Pour c = 1,0 × 10−2 mol·L−1, à l’équilibre : [CH3COO−] = [H3O+] = 3,9 × 10−4 mol·L−1 et [CH3COOH] = 1,0 × 10−2 − 3,9 × 10−4 = 9,6 × 10−3 mol·L−1. Alors K = (3,9 × 10−4)2 ÷ 9,6 × 10−3 = 1,6 × 10−5. Si l’on dilue dix fois, [H3O+] = 1,2 × 10−4 mol·L−1 et on retrouve la même valeur de Qr,éq : mais τ augmente (12 %). Plus la solution est diluée, plus le taux d’avancement est grand.
Prévoir le sens d’évolution : comparer Qr et K
Un système hors équilibre évolue spontanément pour que Qr se rapproche de K. Si Qr,i < K, il y a trop de réactifs : la réaction se fait dans le sens direct, Qr augmente. Si Qr,i > K, il y a trop de produits : sens inverse, Qr diminue.
Pour Fe3+ + SCN− ⇌ FeSCN2+, K = 1,4 × 102. Avec [Fe3+] = [SCN−] = 1,0 × 10−3 mol·L−1 et [FeSCN2+] = 1,0 × 10−4 mol·L−1, Qr,i = 1,0 × 10−4 ÷ (1,0 × 10−3)2 = 1,0 × 102 < K : le système évolue dans le sens direct (la solution rougit davantage).
Déterminer la composition à l’équilibre
Méthode : (1) écrire le tableau d’avancement ; (2) exprimer les concentrations en fonction de x ; (3) écrire Qr,éq = K ; (4) résoudre en x (équation du second degré si besoin) ; (5) vérifier 0 ≤ x ≤ xmax. Exemple : estérification d’une mole d’acide et d’une mole d’alcool, K = 4. Alors x²÷(1 − x)² = 4 donne x ÷ (1 − x) = 2, soit xf = 2/3 mol et τ = 67 %.
« Équilibre » ne veut pas dire « quantités égales » ni « réaction arrêtée ». Autre piège : écrire l’eau (solvant) ou un solide dans Qr, ou confondre Qr (valable à tout instant) et K (valeur de Qr à l’équilibre seulement).
L’essentiel à retenir
- Transformation totale : xf = xmax ; non totale : xf < xmax, avec τ = xf ÷ xmax.
- À l’équilibre, la composition est constante mais les réactions directe et inverse continuent à même vitesse.
- Qr = ([C]c[D]d) ÷ ([A]a[B]b) : ni solvant ni solide, sans unité.
- Qr,éq = K, qui dépend seulement de l’équation et de la température.
- Qr,i < K : sens direct ; Qr,i > K : sens inverse ; Qr,i = K : équilibre.
- Pour un même K, τ dépend de l’état initial (la dilution augmente τ).
